L’histoire se passe à la fin du XIXe siècle dans le petit village de Wadi Chahrour, dans la région de Baabda, riche en oliviers et en poètes, et célèbre pour ses joutes oratoires. Le prêtre Louis el-Feghali, de son vrai nom Khalil Semaan, grand zajaliste reçoit un jour la visite d’un étrange personnage. Un homme, le visage masqué, vient le défier. Le prêtre Louis, stupéfait par l’audace de l’étranger, accepte. Le village se rassemble, on dresse sur la grande place les tables pour la joute.
À partir d’une tradition poétique et musicale très ancienne et toujours vivante au Moyen Orient, celle des joutes oratoires, appelées Zajal au Liban, Zad Moultaka tisse la trame d’un opéra où langue et langages s’entrelacent dans un étrange jeu dramatique. Dans le Zajal, les textes en arabe dialectal sont élaborés par rapport à leur sonorité, à la dynamique et à la rythmique de la langue, par l’agencement des mots, les audaces syntaxiques, les choix lexicaux, les césures... Ces jeux n’occultent pas pour autant le sens. Il y a une manière toute acrobatique de composer et d’énoncer les poèmes, où la théâtralisation prend tout son sens dramatique et musical.
D’où le projet de Zad Moultaka d’enrichir sa réflexion sur les langages contemporains à partir de cette forme spécifique, d’en garder la substance, le goût de la langue, l’ambiance, la dramaturgie primitive pour la transcrire dans son univers musical sensible et chargé de sens. Il y trouve également l'écho de diverses préoccupations contemporaines, que ce soit dans le rapport au texte (chez Berio, Aperghis, Leroux ou Nono), ou dans les formes musicales populaires actuelles telles que le rap ou le slam.

Photo Arthur Péquin
Commande musicale de l’Etat français et d’Ars Nova ensemble instrumental.
Production Ars Nova ensemble instrumental.
Coproduction TAP – scène nationale (Poitiers) / Gmem, centre national de création musicale / Art moderne.
Avec le soutien de la Spedidam.

