Programmes
MUSIQUE D’ENSEMBLE
Symphonie déchirée
Pour 17 instruments sonorisés et sons mémorisés.
"Symphonie déchirée" est une suite de 8 mouvements et interludes.
Chaque mouvement a une instrumentation différenciée et traite de problèmes compositionnels et esthétiques - ou de significations - différents.
Cette symphonie est hétéroclite ou disparate ou perverse ou mélangée. C'est une sorte de balancement entre la révolte et la volupté, entre réalisme et abstraction, entre mouvement impulsif et formalisme, entre électro et acoustique.
Commencée fin 94, elle a subi plusieurs bouleversements dûs aux troubles des remises en questions personnelles et du temps qui passe et qui ne se ressemble pas.
Cette symphonie porte en elle une révolte contre tous les racismes, les nationalismes et s'élève d'une façon générale, contre toutes les puretés.
La richesse stylistique de l’écriture instrumentale, la finesse de l’orchestration, le sens du rythme qui charpente l’œuvre, l’exploitation subtile et le croisement des sonorités instrumentales avec celles des sons enregistrés nous immerge dans une musique venue d’autre part, dans le vertige des sens.
Tautologies et Environs
Exploitation des Concepts n° 4
Pour 14 instruments sonorisés et sons mémorisés.
Cette composition utilise en ce qui concerne les sons mémorisés, les mêmes éléments sonores que Exploitation des Concepts 1 et 3.
Mais ces éléments sont pour chaque composition transformés et même méconnaissables. Le fait de les utiliser dans ces différentes oeuvres, signifie que c'est une préoccupation de cette année-là (2000), et qu'elles ont été composées en parallèle, mais aussi représente l'idée nouvelle pour moi d'exploitation, d'exploiter dans plusieurs directions à la fois. Signifie aussi qu'il s'agit du début d'un travail sur mes archives.
La composition instrumentale quand à elle représente l'exploitation de certaines idées et concepts que je creuse et même laboure périodiquement depuis les années soixante. Je devrais dire cycliquement, puisque c'est de cycles qu'il s'agit avec les tautologies.
"et Environs" indique le désir de pénétrer plus avant dans la mécanique des cycles, mais aussi de regarder autour et dans quelle nature ils se meuvent.
Tautologies et Environs est une suite de séquences dont chacune exhibe une présentation et une organisation différente des cycles et de leurs superpositions, ce qui pour moi correspond au concept de tautologie.
Presque Rien avec Instruments
Exploitation des Concepts N°5
Pour 14 instruments et sons mémorisés.
Cette composition est construite comme un « Presque Rien » et est donc dans la continuité de ce concept.
Mais ici nous avons affaire - contrairement aux autres « presque rien » qui sont tous des narrations plus ou moins directes d’une réalité appréhendée par enregistrement - à une œuvre abstraite. Abstrait l’emploi de l’instrumental, abstrait les sons mémorisés qui accompagne l’orchestre.
Toutefois il reste une allusion à la narration, dans le sens où le déroulement de la partition se joue dans un esprit narratif, même abstrait.
Conformément à l’idée d’origine des Presque Rien, les sons mémorisés qui accompagnent l’orchestre, ont été enregistrés en un seul temps et dans un seul lieu. Je dis ça parce que j’explique toujours que le concept initial pour Presque Rien, c’est justement « unité de temps et de lieu ».
L’enregistrement a été fait en un seul lieu.
QUATUOR
Fable de la démission et du cendrier
Pour 2 pianos et 2 clarinettes.
En 1982, j’ai créé une association. Elle réunissait dans un atelier, quelques musiciens venus d’horizons différents. Nous l’avons appelé La Muse en Circuit. Au bout de douze ans, j’ai pensé qu’il était temps de laisser vivre sans moi, qu’il était temps pour moi de reprendre ma liberté. C’est pourquoi j’ai démissionné de ma charge de président.
Pendant le même temps, exactement, j’écrivais une partition pour 2 pianos et 2 clarinettes qui a suivi toutes les péripéties de cette affaire. J’inventai dans le même temps, un procédé formel que j’appelais avec une certaine impertinence : hyper sérialisme Post-informatique !
Ce qui est singulier dans cette histoire c’est le temps, le printemps, comment naît la végétation qui fait les idées, comment ces idées se sont retrouvées groupées en un même temps et en une même pièce musicale. Dans ce sens c’est une fable.
MUSIQUE DE CHAMBRE
Chansons pour le corps
Pour chanteuse, 5 instrumentistes et sons mémorisés.
Les Chansons pour le corps sont faites de deux éléments. Une bande qui est une sorte de symphonie d’interviews de femmes qui parlent du corps et une composition instrumentale et chantée, composée à partir de textes de Colette Fellous.
Chanson-opéra peut-être ou lieder-mélodie ou mélodrame chanté ou oratorio-chansonnette ou aria, tant de choses passent à travers un labyrinthe. Ces chansons disent des yeux, des mains et du reste du corps, leur simplicité et leur complexité.
SEXTET
Paris - Tokyo - Paris
Le concept de cette pièce est une exploitation entre une spontanéité gestuelle et une réflexion, entre l'immédiat et le différé.
J'ai d'abord improvisé sur un clavier midi. À la suite de quoi j'ai monté superposé découpé et corrigé les deux improvisations, tout en respectant la chronologie.
J'ai sorti les notes sur l'imprimante et me suis servi de cette partition pour écrire cette composition, en prenant des idées qui étaient là, en les transformant, en les développant, en rajoutant à la sécheresse de l'imprimante une nouvelle spontanéité, tout en respectant la chronologie de l'improvisation, donc en prenant la distance de la réflexion.
Par ailleurs, j'étais au Japon pour la première fois en janvier 2002, à Tokyo. J'enregistrais plein de choses que je trouvais suffisamment ordinaires pour m'intéresser. J'enregistrais spontanément du temps réel.
Revenu à Paris, je travaillais sur ces sons enregistrés. On peut donc dire que ce travail se passe en différé.
Je choisissais, je montais, je transformais tout en conservant leur identité réaliste.
S'il y avait une « philosophie » à tirer de tout cela, c'est qu'il s'agit d’une combinaison qui m'a permis de travailler sur un morceau de temps, avec tout ce que cela comporte de douleur et de plaisir (sensualité), et ensuite de visiter ce temps avec tout le temps qu'il faut à la réflexion pour opérer.
La forme qui vient du corps (de l'improvisation) je l'ai respecté. Luc Ferrari, novembre 2002.
Jeux du hasard et de la détermination
Pour percussions, piano, électronique et bande.
« Dans ce nouveau projet, mon idée était de dire : j’ai une durée et j’ai des sons et je voudrais un instrument qui ne soit pas moi, qui les place avec ma détermination d’enfer, mais quelqu’un de neutre, comme un logiciel… j’ai donc demandé au GRM (Groupe de Recherche Musicale, fondé par Pierre Schaeffer) de me fabriquer un programme qui me ferait cela sans douleur ».
Cette œuvre de 295 sons mémorisés et de 76 sons instrumentaux évolue à travers une forme cohérente - voire conventionnelle - vers un grand crescendo dans le troisième quart de la pièce avant de se terminer sur le son le plus conclusif. Le hasard fascine Luc Ferrari : hasard des rencontres, de l’individuel au collectif.
La « détermination » : le grand hall de la gare de Los Angeles, de style mexicain, au son doux et légèrement réverbéré.
Le « hasard » : hall où se croisent des êtres (son, éléments, créatures).
Fusion, opposition, con-tradiction, des sons mémorisés.
Collections de petites pièces ou
36 Enfilades
Pour piano et magnétophone.
Elles commencent à peine et elles sont déjà finies. Quelquefois, elles ne commencent même pas, n’ont pas de début. Alors, c’est une suite ? C’est peut-être du théâtre. Est-ce le vieux rêve de ne jamais finir ou celui de toujours recommencer ? Et puis, les idées qui passent si vite et puis le désir de reprendre les idées déjà données et puis le plaisir de les transformer… Comme des thèmes qui reviennent rythmer un voyage. Alors finalement, ces petites pièces, elles en font une grande…
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