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Jean-Pierre Drouet
Le destin musical de l’un des plus grands percussionnistes contemporains, Jean-Pierre Drouet, a commencé comme beaucoup d'autres, dans un conservatoire de province, par le classique parcours d'un excellent élève. À Bordeaux, d'abord, sa ville natale, où l'on remarque ses qualités exceptionnelles, puis à Paris, forcément, où l'on doit envoyer les meilleurs tenter leur chance. Premier prix de percussion à l'unanimité en 1958. Jean-Pierre Drouet a été à la hauteur des espoirs qu'on avait mis en lui, mais il sait déjà qu'il n'est pas vraiment tenté par une carrière dans le classique : il a un peu de mal à se plier à la discipline qu'exige l'orchestre.
Heureusement, très vite, un événement va influencer définitivement l'orientation de sa vie musicale : la rencontre avec Luciano Berio. Il a 24 ans. C'est la création de Circles, pour la voix de Cathy Berberian, une harpe et deux percussionnistes, et une tournée aux Etats-Unis. Aussitôt, il joue avec Boulez, au Domaine Musical, il rencontre Barraqué, Stockhausen, Kagel, Xénakis, qui lui confient de nombreuses créations, en même temps qu'il participe au Jazz Groupe de Paris d'André Hodeir (penseur capital de l'écriture jazzistique qui intégrait des improvisations simulées écrites en fonction de la personnalité des solistes), et qu'il accompagne Edith Piaf, Gilbert Bécaud, Jeanne Moreau ou Bobby Lapointe...
Dès la fin des années soixante, il fonde, avec Michel Portal, Vinko Globokar et Carlos Roque Alsina, le New Phonic Art au sein duquel, pendant une quinzaine d'années, il s'adonne, avec autant d'humour que de conviction, aux fortes émotions de l'improvisation pure et dure. Avec les sœurs Labèque et Sylvio Gualda, il interprète la sonate de Bartok pour deux piano et deux percussionnistes dans une version qui fera le tour du monde.
Insatiable curieux, il travaille les rythmes traditionnels du zarb ou des tablas et les nouvelles sonorités électroacoustiques. Il s'enthousiasme pour le théâtre musical (avec Aperghis, Kagel ou l'Ensemble Aleph et Ars Nova) et commence à composer pour le théâtre (Jean-Marie Serreau, Jean-Louis Barrault, Claude Régy...), pour la danse (Félix Blaska, Violetta Farber, Jean-Claude Galotta, François Verret...), pour les machines musicales de Claudine Brahem ou pour les chevaux du théâtre équestre de Bartabas… Autant de domaines d'expressions pour lesquels l'instrumentiste surdoué se découvre un réel désir (et talent) d'écriture, tout en continuant l'improvisation, en solo ou avec Fred Frith et Louis Sclavis.
Ce septuagénaire dont la capacité de s'enthousiasmer est restée intacte est en train de s'affirmer comme un jeune compositeur atypique de spectacles musicaux qui bousculent les repères et les rapports habituels entre le concert et le théâtre, la musique et le texte, l'instrumentiste et le comédien...
Ce fut Vie de famille avec l'ensemble Aleph, puis Vertige, avec l'ensemble Ars Nova, la Compagnie Lyrique Le Grain et l'Opéra de Bordeaux : un opéra drôlatique avec des clowns, des chanteurs d'opéra et un orchestre suspendu dans le vide.
En 2002 Ars Nova lui commande Op Op l'Ensemble : un "concert théâtral" sur des textes de Christophe Tarkos, pour deux chanteuses, un comédien, un percussionniste et quatorze musiciens d'Ars Nova dirigés par Philippe Nahon. Une aventure sensuelle et malicieuse explorant les rapports infiniment mouvants et subtils qui se tissent entre les mots, la musique, la voix, les corps, les idées et les êtres.
Ars Nova s’est attaché à ce musicien avec lequel il a remonté Laborintus II de Luciano Berio en 2003 dans un mis en scène de Jean Boillot. Il était également en mars 2004 au coté des musiciens de l’ONJ et d’Ars Nova pour les aventures des Soleils Fondus de la Cité de la Musique de Claude Barthélémy. En 2006, il a composé la musique du spectacle musical et chorégraphique « Un pas de côté », chorégraphié par Salia Sanou et Seydou Boro et permettant une rencontre singulière entre musique et danse autour de l’ensemble Ars Nova et de la Compagnie Salia nï Seydou.
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Programmes
Op, op l’ensemble
Textes : Christophe Tarkos.
Dilatation - contraction - dilatation moyenne - dilatation maximum - contraction moyenne - petite dilatation - contraction maximum, etc... ainsi évoluera ce "concert", comme certains rêves où le monde autour ne cesse de changer de volume, de l'énorme au filiforme. Donc, tutti, soli, trios, quintettes, etc... dans un ensemble gonflable ou dégonflable qui ne s'arrête jamais.
La parole circule tout au long, comme le dormeur dans son rêve, par la bouche des musiciens, affairés en même temps à leurs instruments, par les voix des chanteuses pour qui l'instrument (leur voix) et le texte se confondent, et par celle du récitant chez qui la parole devient priorité. Ce schéma trop "schématique" sera sans doute victime d'altérations plus ou moins graves mais qui n'attenteront pas à sa vie en général.
Vertiges
Opéra – théâtre, textes : Patrick Kermann.
Les héros de cet opéra-théâtre sont des clowns ou plutôt des vivants de comédie à l'existence encombrée d'urgences égoïstes, dérisoires et pathétiques. Ils envahissent l'arène, aux portes de la nuit, pendant que les chanteurs d'opéra s'accrochent à la balustrade de leurs balcons et que l'orchestre flotte au-dessus du vide.
Le vertige a partie liée avec le dédoublement, la dualité, l'opposition des contraires, c'est en tombant dans un trou qu'Alice accomplit son voyage "au pays des merveilles" et, dans cet opéra, texte et musique font apparaître une forme étrange de narration. Drouet et Kermann ont en commun l'humour, la distance, le rapport ludique et jubilatoire aux rythmes, le sens aigu du contraste et du fragment, le rebond vers la légèreté... C'est dans la couleur qu'ils sont complémentaires : toutes les nuances de la lumière et de la densité chez Kermann, polychromie joyeuse et ample chez Drouet.
Patrick Kermann, récemment disparu, nous livre ici son ultime poème d'amour pour le monde, alors que Jean-Pierre Drouet, percussionniste renommé, signe avec Vertiges son premier opéra. Pour lui, l'idée n'est pas d'écrire un opéra au sens traditionnel du terme, avec personnages, intrigues, bonheur, malheur, etc; c'est plutôt de confronter sur scène trois versions musicales de l'existence représentées par trois groupes d'interprètes.
France-Afrique
Danse.
Après un Opéra (Vertiges) et un Oratorio (Op Op), une rencontre avec la danse s’imposait pour cette nouvelle collaboration avec Ars Nova.
Une question se pose aussitôt : comment ne pas faire un « ballet », ni contemporain, ni néo quelque chose, ni world, ni etc… ?
Il faut d’abord des gens qui crient « le corps dans la peau », avec une culture du mouvement profondément enracinée et assez puissante pour protéger des clichés de tous ordres, des gens poussés par une créativité naturelle, à la fois mentale et physique, à la fois généreuse et vigilante. Salia, Seydou et leurs amis sont de ces gens-là, je leur ai proposé le projet, ils sont d’accord, c’est merveilleux !
Pour la musique, même souci : ne pas écrire un ballet (ni ceci, ni cela, ni etc…) ; plutôt choisir des amis musiciens ouverts dans toutes les directions, interprètes et improvisateurs, composer des éléments (à utiliser ou non suivants les besoins), et chercher ensemble, par l’improvisation et l’écriture, un terrain d’entente avec les musiciens africains invités par Salia et Seydou. Nous ne voulons pas faire une « fusion », mais trouver des caractéristiques communes qui nous permettent de raconter quelque chose.
Nous avons tous des corps, des voix, des instruments, cela devrait nous aider à parler ensemble.
Jean-Pierre Drouet.
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